Une mission si courte 3

Revu et corrigé par L. Jospin, j’écrivais : « Depuis deux ans, l’Angkar (“ l’organisation ”), tout à la fois l’Etat et le parti unique, maintient rigoureusement closes les portes du Cambodge… A qui la faute dès lors si pour se faire une idée de ce que vit et subit le peuple khmer, nous sommes réduits principalement aux récits des réfugiés ? Les socialistes n’acceptent aucun raisonnement, aucune de ces argumentations théoriques au nom desquelles telle catégorie d’individus serait classée, étiquetée “ indési¬rable ”… Où les camps de concentration ont-ils jamais créé l’homme nouveau ? Les socialistes ne peuvent laisser aucun doute sur leurs sentiments. Le calvaire du peuple khmer — il faut l’appeler comme cela — dure depuis trop d’années. Il doit cesser. »
L’homme nouveau ! cette vieille rengaine des commu¬nistes était malheureusement encore et toujours d’actualité au Vietnam. C’est pourquoi, le 14 juillet 1976, malgré (ou à cause de) ma sympathie mêlée de nostalgie pour nos fidèles « annamites » (après tout, j’étais moi aussi un ancien d’Indochine), j’avais prononcé, lors de la réception traditionnelle, une allocution qui comportait un avertisse¬ment : « Depuis 1789, la liberté, cette grande aspiration de tout individu à croire selon sa conscience, à se déplacer sans contrainte, à s’exprimer librement a été reconnue par tous et partout comme un droit fondamental qui ne peut pas vieillir… » Et pour renforcer les points sur les i je poursuivais : « Certes à cette idée de libertés indivi¬duelles, chère à la philosophie des lumières, l’histoire a depuis ajouté la notion de libertés collectives et les luttes pour ces libertés se sont amplifiées depuis la moitié du XIXe siècle et davantage encore au XXe siècle. Cependant l’importance des libertés collectives, du moins je le crois, n’efface ni ne diminue celle des libertés individuelles. »
Fermez le ban !
Marseillaise.
Si clairement qu’un des rares ambassadeurs occiden¬taux présents à Hanoï me fit clairement, clairement sentir que mon allocution avait quelque chose de provocant. Si diplomate, s’abstenir !
Fermez le ban !
Un mois plus tard, par un vol d’Air-Vietnam jusqu’à Vientiane, relayé par Thaï Airways jusqu’à Bangkok puis par Air France jusqu’à Paris via l’Inde, les Indes, la déci¬sion du Conseil des ministres trouvait son épilogue. Me voici en effet (sic) rentré à Paris. Cher ami…
Paris 1988-1989

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