Un maillon d’une si longue chaîne… (7)

Un autre aspect de la mission mérite-t-il d’être indiqué ? C’est un exemple de désinformation, voire de malentendu où trois personnages sont en quête d’explica¬tion. Après avoir mené à bien sa dernière mission, le secrétaire général se trouva fort étonné et même irrité par deux dépêches de I’AFP. Pour mieux faire part de son éton¬nement il prit sa plume pour m’écrire : « Je crois utile d’appeler votre attention sur deux dépêches de I’AFP… celle du mercredi 3 décembre (« La montagne accouche d’une souris »), et celle du samedi 6 qui tendent à faire ressortir les critiques dont la “ rigidité ” de la délégation française aurait été l’objet du côté vietnamien. La première laisse même entendre que ces critiques étaient émises à l’intérieur de la délégation française. » En fait, I’AFP avait accouché… d’une montagne de difficultés franco-françaises. A l’arrivée de la délégation de haut niveau une réunion de mise au point avait eu lieu à l’ambassade. Réunion traditionnelle qui avait, entre autres mérites, révélé à quel point mes télégrammes avaient irrité Paris. De Courcel les qualifia même de télégrammes au picrate ! (du grec : pikros = amer ; pop. = vin de mauvaise qualité). Secs et directs on avait donc vidé nos sacs devant les autres membres de la délégation : ceux qui d’un côté croyaient au succès et ceux qui, de l’autre, n’étaient pas fort contents de la manœuvre inspirée par l’ambassade, voulue par le président, et que de Courcel avait accepté de conduire sans réserve.
Et, tout au long de la semaine, la tactique avait opposé les uns à qui plaisait la fermeté de de Courcel : « il est ferme, notre secrétaire général ! ») aux autres qui eux n’aimaient pas trop la méthode Max André (toute propor¬tion gardée !). Le représentant à Hanoï de I’AFP, bien introduit, n’avait pas manqué de sentir la fissure et l’éclat au retour de la baie d’Along lui avait permis un scoop d’autant plus aisé à réussir qu’il était seul sur la place et même dans la place. Bien évidemment j’avais réagi. La lettre du secrétaire général donnait l’occasion — atten¬due — de faire le point. Ma réponse était simple : « La lecture de la première (dépêche) m’avait conduit à convo¬quer son auteur pour souligner l’erreur grossière d’inter¬prétation qu’elle reflétait ; du fait de son monopole de fait, il apportait à l’opinion française une idée grossièrement déformée de l’événement ». Le souci de tous c’était, malgré tout, l’apurement du passé qui avait été mis sur bonne voie. En tout cas, si les Vietnamiens avaient été déçus, ils l’avaient bien caché… sauf à I’AFP ! Quant à la seconde dépêche, il me fallait reconnaître mon erreur professionnelle. Mon excuse : à Hanoï en 1975 un journa¬liste français faisait partie de la « famille » et je ne lui avais pas caché la peur que j’avais eue de voir l’édifice se rompre.
Foin de cette querelle de coulisse. Le rideau était tombé sur la mission de haut niveau sans incident avec la publication d’un bon communiqué. Avant même, j’avais écrit à Pham Van Dong pour le remercier d’être venu dîner à l’ambassade de France. J’étais optimiste. A relire deux extraits de mon épître, j’étais moins fin, sans doute, et moins prophétique, sûrement, que je ne le croyais. Premier passage : « Le ciel était bleu malgré quelques cumulus qui, si j’en crois le Larousse, sont des nuages de beau temps ». Le second : « Il me semble que l’accroisse¬ment sensible de la contribution de la France à la recons¬truction du Vietnam, … pourra sous peu être considéré… comme un solide maillon d’une longue chaîne de compré¬hension… »
Quinze ans plus tard en 1989 — aide française ou non — la reconstruction du Vietnam n’était pas vraiment commencée. Si longue chaîne il y avait, n’était-elle pas d’incompréhensions ?

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