Un maillon d’une si longue chaîne… (6)

Le ministre vietnamien réussit à pénétrer dans le monologue : « Encore une fois, dit-il, il n’y a rien en moins, nous continuons à régler les problèmes ».
DE COURCEL (sans désemparer) : Quid du statut du consulat ? Et du quitus fiscal ?
Réponse du Vietnamien : Jusqu’à la réunification vous pouvez utiliser le consulat ; on va parler du quitus dans le procès-verbal.
DE COURCEL (sans reprendre souffle) : « S’il y a des difficultés avec le Sud, réglez vos affaires entre vous ; ne vous renvoyez pas la balle entre Hanoï et le GRP ».
Le secrétaire général a raison. Cependant, tout en prenant des notes, j’écris : « Il insiste tant qu’on pourrait croire que la délégation a de mauvaise intentions. »
Le salut vient heureusement des Vietnamiens qui proposent de recourir aux experts. Une petite pause et ceux-ci entrent en séance, après avoir été informés des derniers développements, ce qui ne manque pas de les troubler. Tout s’était jusque-là bien passé ! Nos interlocuteurs sont-ils ébranlés par la fermeté de de Courcel ? J’ai été « méchant », dira-t-il. Ou ont-ils été rassurés lorsqu’après le coup de tabac je leur ai dit que le secrétaire général était tenu par ses instructions mais qu’il avait de bonnes intentions. Laquelle des deux hypothèses est la bonne ? Peu importe, tout s’arrange. Ainsi va la négocia¬tion et le 2 décembre elle est close. Les parties se sont entendues. Elles ont rédigé, sans grande difficulté, le relevé des conclusions auxquelles elles ont abouti. Dang Thi, le ministre vietnamien, le signe « agissant au nom des deux gouvernements de la RDV et du GRP et après accords des dits gouvernements ». (Ou l’art de faire signer un mort !)
Il est entendu que dorénavant l’ambassade de France auprès de la RDV aura la charge des intérêts français au Sud-Vietnam et que le consul général (de Saigon) pourra se rendre à Hanoï ; que toute personne ayant acquis la nationalité française avant le 30 avril 1975 est libre de rejoindre la France. Les Vietnamiens s’engagent à examiner « favorablement » les problèmes que soulèvent le rapatriement des biens personnels et mobiliers des Français. La recherche d’une solution à la question du rachat des propriétés foncières et immobilières françaises situées au Sud est renvoyée à une négociation d’ensemble qui pourra s’élargir aux dettes d’Etat et à l’indemnisation de certains biens ex-français au Nord (Charbonnages du Tonkin et Société des Transports en commun d’Hanoi-).
L’avenir des relations culturelles, scientifiques et tech¬niques fait l’objet de développements de taille. Il s’agit de prévoir le fonctionnement de l’Ecole Colette, qui pourra continuer à accueillir les élèves français, et, de l’Hôpital Grall que la France accepte de prendre en charge jusqu’au 1er juillet 1976 (relève des quatre médecins ; aide en médi¬caments et formation du personnel). Malgré notre souhait de voir nos nombreux autres établissements culturels reprendre leurs activités sans trop tarder, les Vietnamiens se déclarent seulement prêts à favoriser leur activité s’ils contribuent au développement du pays ! Sont en cause : l’Institut français de Saigon ; les centres culturels de Dalat, Nha Trang et Da Nang ; les centres de documenta¬tion scientifique et technique et de documentation juri¬dique, sociale et économique de Saigon. Dans l’immédiat, trois missions (médicale, agronomique et pédagogique) sont invitées, tandis que le gouvernement français assurera le financement et l’installation de la section française de l’Ecole normale supérieure des langues étrangères dont l’ouverture est envisagée pour 1978 à Hanoï.
Le relevé des conclusions fait à l’avenir de la coopéra¬tion économique une place large mais assez décevante ; les Vietnamiens ne sont pas vraiment en état, compte tenu de leur situation, de clarifier leurs intentions. Il faudra d’abord, dans un premier temps, qu’ils déterminent les entreprises françaises utiles et celles qui n’ont pas leur place dans une économie « socialiste ». Mais alors quid du rachat des actifs en cas de cessation d’activité ? Ces ques¬tions sont évoquées dans le relevé mais leurs solutions y sont remises à plus tard. La partie vietnamienne indique son intention de définir le statut des sociétés étrangères dans l’économie vietnamienne. Par contre, nos futurs « partenaires » (à les en croire) se montrent d’ores et déjà très friands de crédits — notamment pour le Sud —. La construction mécanique, la production de métaux, la pétrochimie, l’industrie légère sont autant de secteurs où la coopération pourrait se développer et dont la liste est reprise dans le document que signent MM. de Courcel et Dang Thi le 2 décembre. Dès le lendemain s’ouvre la négociation sur les crédits annuels que la France accordera au Vietnam.
Comme aime à dire Pham Van Dong : tout est bien qui finit bien.

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