CHAPITRE X part 3

Vient enfin une pièce immense. Elle est presque exactement carrée. Là s’élèvent, au milieu de quelques grands arbres, plusieurs tombeaux ou constructions commémoratives. Le plus haut, élevé en l’honneur de Maqueuou lui-même, est formé d’assises successives diminuant d’ampleur de la base au sommet.
Malheureusement, cet édifice, bâti en mauvais stuc, est bien détérioré par le soleil et l’eau du ciel. Un essaim d’abeilles avait élu domicile dans une fente du tumulus, et un arbre, dont la graine avait été apportée sans doute par un oiseau, s’élevait juste au sommet de la pyramide.
Quatre autres monuments plus bas, tous en forme de carré long, et que la légende attribue à la famille de Maqueuou, s’étendaient irrégulièrement autour du premier ; près de l’un d’eux, je ramassai un petit morceau de bois sculpté et encore doré sur une de ses faces, il représentait deux vases assez semblables aux amphores des Grecs.
Cette immense enceinte avait un air de solitude tel qu’on se serait cru bien éloigné d’Hatien ; seuls quelques oiseaux et un écureuil, que je vis gambader sur un arbre, troublaient le silence qui m’environnait. En sortant, je remarquai à l’entrée un morceau de plancher fait en mosaïque quadran- gulaire également en béton, mais mieux conservé que celui des tombeaux. Je sortis très frappé de l’air de grandeur que ces ruines avaient encore.
Un autre édifice que je visitai aussi à plusieurs reprises est la pagode que nous appelions la pagode de Maqui ou du Diable. J’ai été véritablement surpris de retrouver là, appendue aux murs, toute une série d’aquarelles sur très fort papier, représentant les tortures d’un Enfer qui vaut bien le nôtre. Les satellites du Diable annamite se livraient sur tous ces tableaux à ce genre d’occupation qui paraît les délecter si fort dans tous les Enfers connus : ils embrochaient les coupables, les dépeçaient, les écorchaient, les précipitaient dans des chaudières, les cuisaient sur le gril, et surtout les faisaient dévorer par d’énormes tigres.
A la partie supérieure de quelques-unes de ces saintes images, on apercevait le bienveillant Bouddha qui planait avec sa cour au-dessus des régions infernales et accueillait avec son placide sourire les âmes bienheureuses qui montaient vers lui de chaque côté. Si j’avais rencontré ces peintures à Paris, j’aurais cru à une mystification ; mais au fond de la Cochinchine, sur le golfe de Siam, il était impossible de douter de la provenance et de l’authenticité de ces chefs-d’œuvre ! Le bonze qui me guidait, jeune homme à l’air triste et presque distingué, me montra tous ces détails avec grande complaisance, mais refusa de me céder aucun des sujets sacrés.

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