CHAPITRE VI

Un mot maintenant des théâtres chinois, cette distraction habituelle des Européens en Cochinchine. Il y en a deux espèces : l’une connue un peu de tout le monde, et l’autre, bien plus intéressante, selon moi, dont on a moins parlé ; je veux parler du théâtre des Marionnettes. Que de fois, à Saigon, je me suis mêlé à la foule des ouvriers chinois qui venaient tous les soirs écouter en riant les lazzis ou plutôt les scènes héroï-comiques de ces acteurs incomparables ! Ce petit théâtre de quatre pieds carrés était situé à un carrefour, derrière l’arroyo chinois. Des torches luisaient devant la petite scène, exhaussée sur des bambous, et l’on sentait partout l’huile de coco et l’odeur spéciale du tabac chinois. N’importe, je bravais ces effluves répugnantes. Ces marionnettes sont bien mieux et bien plus finement faites que les nôtres ; tout remue en elles : jambes, mains, tête, doigts ; il y a surtout un renversement des doigts sur le dos de la main qui m’a surpris. Il parait que les femmes chinoises peuvent réellement se disloquer ainsi. Les scènes les plus ordinaires du répertoire étaient des tromperies d’époux, des représentations de combats et de jugements. Tout cela crié avec cette voix tour à tour gutturale et suraiguë des acteurs chinois. Une musique de chalumeaux aigrelets répétant toujours le même air ou de guitares à cordes grinçantes accompagnait Faction, et lorsqu’elle se dénouait, de vigoureux coups de tam-tam ponctuaient le triomphe insolent du vice ou la récompense de la vertu.

L’autre théâtre, celui où l’homme (car la femme ne joue pas sur la scène chinoise) usurpe la place qu’il devrait bien laisser aux marionnettes, vint s’établir non loin de là à l’occasion d’une fête religieuse. Comme les autorités françaises étaient conviées à la représentation où j’assistai, et que la plupart des dames de la colonie étaient venues, on avait adouci les teintes trop crues de ces soirées orientales où l’amour de la vérité est poussé d’ordinaire à un point dont on se ferait difficilement une idée, même à Paris.

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Derrière les acteurs étaient rangés les musiciens, et des deux côtés, sur la scène aussi, comme les marquis d’autrefois aux représentations de Molière, se pavanaient les riches négociants chinois qui nous avaient donné ce divertissement. Ces messieurs avaient bien fait les choses, et la bière, les liqueurs, les cigares étaient distribués à profusion à tous les invités. Le Chinois, ce juif de l’Orient, économise âprement jusqu’à ce qu’il ait conquis son indépendance pécuniaire ; mais alors il se plonge dans toutes les voluptés qui s’achètent, et, chose plus rare, il aime à y faire participer les autres. Je n’eus garde d’assister à toute la représentation : elle dura dix heures environ ! Je ne me souviens que de certains épisodes, entre autres une fort belle scène de jalousie conjugale, et surtout une lutte fort bien simulée entre une troupe d’amazones et un génie armé d’une courte épée et d’un immense bouclier sous lequel il se cachait parfois tout entier comme sous une carapace.

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