CHAPITRE VI part 2

Je faisais de temps en temps dans les environs de Saigon des excursions de chasse, dont la plus intéressante eut lieu au Pointât, territoire giboyeux bien connu des Saigonais. Ce jour-là, vers dix heures, comme le soleil devenait trop chaud, nous nous ralliâmes vers une pagode, entourée d’immenses champs d’ananas, où nos boys avaient préparé le déjeuner. Nous nous reposions, lorsque deux ou trois vieux notables, avec leur barbe blanche et leurs joues émaciées, vinrent se prosterner devant le Bouddha qui nous donnait l’hospitalité. À la vue des liqueurs qui se trouvaient près de l’autel, leurs vieux visages ridés s’illuminèrent d’un doux sourire et ils se placèrent derrière nous avec une admiration envieuse. L’un d’eux, afin d’entrer en relations, m’offrit une cigarette, après l’avoir préalablement fumée un peu pour l’allumer ; à la grande horreur de mes compagnons, je l’acceptai, malgré la teinte rougeâtre de son extrémité. Afin de répondre à leur politesse, nous leur offrîmes de l’absinthe et du vermout ; c’est bien ce qu’ils attendaient, et ils ne se firent guère prier pour avaler des verres de liqueur qui auraient étendu ivre mort un Européen. Ils devinrent seulement plus expansifs, et nous tinrent fidèlement compagnie, dans l’espérance légitime de partager avec nos boys la desserte de notre déjeuner.

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Comme nous nous levions pour partir, nous entendîmes le grincement des roues d’une voiture à buffles et nous vîmes bientôt s’avancer l’énorme véhicule. C’étaient ses grandes roues pleines, faites d’une seule pièce, qui produisaient cette affreuse musique. Les Annamites nous dirent que ce bruit a pour effet d’épouvanter les tigres et de les faire fuir tout le long de la route suivie par la voiture. Dans beaucoup de régions de l’intérieur, c’est le seul moyen de transport dont on puisse se servir, car ce véhicule passe par des sentes de forêts où les bœufs ne pourraient avancer.

Un autre jour, nous allâmes visiter le fort bel hôpital de Choquan ; une des plus affreuses maladies de l’Indochine, maladie trop commune, y est traitée, mais sans plus de succès qu’ailleurs : je veux parler de la lèpre. Un trait intéressant peut-être à noter, c’est que la lèpre ne frappe jamais les Européens ; parmi les indigènes, elle paraît sévir surtout sur les Annamites, peuple essentiellement ichthyophage.
Je vis un de ces malheureux qui avait perdu tous les doigts de chaque main, excepté les pouces ; ses jambes étaient enflées et saignantes, et sa face était un mélange de sillons profonds et de hideuses boursouflures ; un autre, autrefois gardien de temple à Cholon, et que nous appelions Quasimodo, avait ce visage énormément grossi qu’on a appelé visage de lion (léontiasis) ; d’autres avaient les jambes couvertes d’ulcères tellement étendus, qu’il leur était impossible de marcher. Outre la lèpre, les affections de la peau, très communes en Cochinchine, sont traitées dans cet hôpital par les médecins de la Marine.

Nous déjeunâmes à Choquan avec nos collègues et, après la sieste obligée, faite sous l’immense véranda de l’hôpital, dans ces confortables fauteuils à bras que l’on devrait bien, pour l’été, importer dans nos jardins de France, nous allâmes visiter Cholon dont nous n’étions plus distants que de trois kilomètres environ. Après Saigon, c’est la plus grande ville de la colonie. Sa population est d’environ quatre-vingt mille habitants. Elle est séparée de Saigon par une distance de cinq kilomètres et demi, mais réunie à la ville européenne par une suite non interrompue de villages, de maisons de campagne appartenant à de riches négociants du Céleste Empire, et de pagodes qui servent de lieu de repos. Cholon est le centre de tout le commerce chinois de la colonie. Ce qu’on y vend de riz, d’étoffes, de produits exportés de Chine, dépasse l’imagination ; aussi, l’animation qui règne dans les rues et la quantité de jonques chinoises et de sampans annamites qui remplissent l’arroyo sont véritablement remarquables.

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Parmi les particularités que renferme Cholon, il faut citer avant tout ses parcs de crocodiles. Figurez- vous une barrière de lourds et longs pieux qui entourent quelque vingt mètres carrés sur la berge de la rivière ; dans cette boue, que les grandes marées inondent régulièrement, grouillent cent à deux cents crocodiles, la viande se débite à côté. Lorsqu’on éprouve le besoin de sacrifier un des monstres, on soulève deux pieux, on jette un nœud coulant autour du cou du plus gros de la bande et on le tire au-dehors ; puis on lui amarre la queue le long du corps, on lui serre les pattes et on les relève sur le dos en les attachant avec du rotin ; un autre bout de rotin tient fermées les mâchoires, et telle est la solidité de ces liens végétaux que, malgré sa force prodigieuse, l’énorme saurien ne peut se débattre et se laisse sacrifier sans se venger. Quant à la chair, bien qu’un peu coriace, il paraît qu’elle a sa valeur et n’est pas imprégnée de cette odeur de musc que tant de voyageurs s’accordent à lui donner. C’est une viande très bien reçue sur les tables annamites.
Après un séjour de trois mois à Saigon, je dus commencer mes pérégrinations à travers l’Indochine.
Le premier point de la colonie que je visitai, en quittant Saigon, fut Gocong, au sud-sud-ouest de la capitale de notre colonie.

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