CHAPITRE I part 2

Je me réveillai vers trois heures, et après une douche bienfaisante j’allai chercher mes bagages. Deux grands coolies chinois, nus jusqu’à la ceinture, coiffés de gigantesques et épais chapeaux de paille en clocheton et portant sur l’épaule le solide bambou traditionnel, s’élancèrent sur mes traces et s’empa¬rèrent de mes caisses avec une très grande rapidité, non sans se crier quelques phrases de ce langage brusque et monosyllabique qui déplaît d’abord assez aux oreilles européennes. Ils attachèrent les colis au centre de leur longue perche, à chaque extrémité de laquelle ils se placèrent ensuite, et la soulevant de leurs épaules rougies, ils se remirent en marche avec le balancement qui leur est particulier.

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Cette importante affaire terminée, je m’achemi¬nai vers la salle du festin. Une quantité de petites tables, et au-dessus d’elles deux rangées parallèles de pancas, ce fut tout ce que je vis d’abord. Le panca ou punkah est tout simplement un châssis carré en bois garni de cotonnade sur ses deux faces, retenu par une corde qui passe dans la gorge d’une poulie et dans un trou pratiqué au mur. Un indigène placé en dehors de l’appartement tire ou relâche tour à tour ces espèces d’éventails. C’est grâce à cette invention, qui nous vient, je pense, de l’Inde, que l’on peut résister le soir à l’affaiblissement général, au dégoût des aliments, que l’on éprouve presque toujours après les brûlantes journées de ce climat. Ce courant d’air ne ranime pas seulement les forces et l’appétit, mais il disperse les moustiques et autres insectes fâcheux qui en veulent à votre peau ou à votre potage.
Après un repas que je fis assez abondant, car le séjour à bord affame d’ordinaire, je m’installai hors de l’hôtel près d’une des petites tables sur lesquelles étaient posés le café et les liqueurs. Je me mis alors à examiner plus attentivement le milieu où je me trouvais. Je remarquai un fait, qui m’avait frappé du reste dès notre arrivée ; c’est le faciès spécial des habi¬tants, anciens pour la plupart dans la colonie : ils ont tous un teint légèrement jaunâtre, une figure amai¬grie et avec cela des yeux très vifs. Pendant le repas, j’avais remarqué aussi que le diapason des conversa¬tions s’élevait d’une façon constante jusqu au dessert, et qu’à ce moment, à certaines tables, la conversation tournait volontiers à la dispute. Mon visage devait bientôt revêtir à son tour la livrée coloniale, qui est compatible avec une santé suffisante, et, bon gré mal gré, je devins aussi plus facilement irritable.
Je passai une partie de la soirée avec un de mes collègues dont j’avais fait la connaissance pendant la traversée et qui était le plus jovial garçon que j’eusse rencontré. L…, qui n’avait pas dîné à 1 hôtel où il était descendu comme moi, me conduisit dans un de ces nombreux cafés qui bordent le quai, et nous y bûmes à notre heureux séjour une bouteille de pale-ale norvégien.
De petits garçons et de petites filles annamites, hauts de deux pieds, s’approchaient de nous pour nous offrir une mèche allumée dès que nous roulions une cigarette. Cette mendicité déguisée, la seule du reste que l’on rencontre peut-être en Cochinchine, se faisait avec des gestes et des rires si plaisants que je négligeai volontiers de me servir du petit brasero qu’on apporte à tout fumeur.

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