CHAPITRE IV part 3

Leur caractère est frivole et très intéressé ; elles ont un penchant irrésistible pour le jeu et même parfois pour le vol.
Parmi les habitudes qui caractérisent la race annamite, il en est deux dont j’ai parlé chemin faisant, mais qui méritent une mention toute particulière : je veux dire le bétel et le tabac. Les deux tiers peut-être de la population de l’Asie et de l’Océanie mâchent le bétel. Toute l’Inde, toute l’Indochine, tous les habitants des îles de la Sonde, qu’ils soient adorateurs de Brahmâ, de Bouddha, d’Allah ou de Jésus, qu’ils soient de race caucasique ou de race mongol ique, enfin quels que soient l’âge ou le sexe, font un usage quotidien de cette préparation compliquée.
La chique de bétel se compose des ingrédients suivants : une feuille du poivrier bétel, un morceau de la noix d’arec (ou tout le fruit de l’aréquier sauvage pour certaines populations), enfin un peu de chaux de coquillages, blanche pour les pauvres, rose pour les riches. La chaux est étendue sur la feuille qui enveloppe la noix ; on n a plus qu à mâcher. La chaux rose est l’objet d’un commerce important entre Siam et la Cochinchine, commerce qui se fait surtout à Hatien ; il paraît que c’est avec du curcuma que les fabricants lui donnent sa belle couleur. À ces trois ingrédients, quelques raffinés, surtout les Hindous, ajoutent un peu de tabac. Il est aussi difficile de trouver un Annamite qui ne chique pas, qu’un Annamite qui ne mente pas.

Cette habitude, qui a peut-être quelques côtés utiles, comme de diminuer la soif et de purifier l’haleine de ces populations ichthyophages, a ce très grand inconvénient de pourrir les dents, de les carier, de les déchausser, de colorer la muqueuse de la bouche en rouge vif, et de condamner à un crachotement continuel de couleur brique et tout à fait répugnant. C’est surtout a la chaux qu il faut rapporter ces conséquences fâcheuses et aussi au peu de soin que les Annamites prennent de leur bouche. Les Hindous, qui chiquent tout autant, ont le plus souvent de très belles dents blanches. Les Annamites d’un certain rang, surtout ceux de la jeune génération, sont un peu moins fanatiques de cette rumination perpétuelle. Quant au tabac, tandis que le Chinois le fume presque exclusivement sous forme de cigare et de pipe, 1 Annamite le préfère sous forme de cigarette ; son papier est excessivement épais, et le tabac lui-même a une odeur toute spéciale qui le fait immédiatement reconnaître. Le meilleur est celui de Long-tanh ; on prétend qu un des modes de la préparation consiste à l’arroser d’urine de buffle : je donne ceci sous toutes réserves ; ce qu’il y a de certain, c’est que peu d’Européens le fument.

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La langue de ce peuple, monosyllabique, est enrichie de maints emprunts faits à la langue chinoise, mais le fond du vocabulaire est absolument différent. Son mécanisme est d’une grande simplicité. La difficulté principale consiste dans la prononciation. On comprendra bien vite de quel intérêt est la juste intonation d’un mot quand on saura que la plupart ont cinq ou six sens différents. On pourrait, si l’on n’y prenait garde, commettre fréquemment des calembours dont se rirait sans pitié l’esprit annamite, toujours prêt à saisir le côté ridicule des choses.
Depuis longtemps, les prêtres portugais ont accompli une révolution qui peut avoir les suites les plus heureuses pour la civilisation et le progrès annamite. Ils ont substitué dans l’écriture les caractères latins aux caractères chinois ; et grâce aux soins de notre administration, il y a, dans tous les centres de quelque importance, des écoles gratuites où les enfants sont forcés de venir apprendre à lire et à écrire en caractères latins.
À Saigon, il s’imprime en ces caractères un journal indigène, le Gia-dinh-bao ou la Feuille saigonaise, et il n’est peut-être pas un enfant de dix ans qui ne sache très correctement le lire. Si l’on faisait une révolution semblable en Chine, ce serait le meilleur moyen d’arracher cet immense empire à son sommeil séculaire dans l’admiration du passé. Les caractères chinois, modifiés un peu à cause des nécessités de la langue annamite, ont été cependant conservés pour beaucoup de transactions commerciales, pour les procès et les pièces diplomatiques. Mais leur usage se restreint de jour en jour, et c’est un progrès que nous pouvons enregistrer avec satisfaction.

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