CHAPITRE IV part 2

Ce cheval, qui fait son orgueil, ne reçoit de lui aucun des soins que l’homme devrait toujours donner à ce noble serviteur. Un mors hérissé de pointes lui meurtrit cruellement la bouche, qui finit par n’être presque plus sensible, et quand d’une haleine il vient de fournir une traite fatigante, il est abandonné sans qu’on l’essuie, sans qu’on le panse ; enfin, le plus souvent, il doit trouver sa nourriture lui-même. Malgré cet abandon, ce courageux animal rend des services considérables, et tandis que les chevaux transportés par nous tombent assez vite malades, le cheval indigène résiste au climat énervant de la basse Cochinchine. Sa taille est petite : à peine est-il plus grand qu’un poney d’Islande ; il est ordinairement bai et il a presque toujours une raie noire ou brune sur le milieu du dos. Son allure habituelle est l’amble, allure douce et sûre. Mais on voit qu’il n’est pas fait pour l’homme grand et fort de nos pays, et il ne s’adapte bien qu’au petit Annamite.

Si l’homme de la Cochinchine est loin d’être un type de beauté, que dire de la femme ? Il est vrai qu’il serait assez difficile d’en parler d’une manière générale. À côté d’une immense majorité malheureusement très laide, se trouvent quelques exceptions dignes d’être admirées. L’influence du milieu et du bien-être est ici toute-puissante. Les femmes des notables ont les traits plus délicats, la peau plus blanche, les formes plus harmonieuses et les extrémités plus fines que les femmes des cultivateurs et des pêcheurs.

Chez la plupart, le visage est véritablement laid : le nez est épaté, la peau assez souvent marquée de la petite vérole, les lèvres sont tuméfiées et rougies par l’usage du bétel. Ce que la congaï annamite, comme on dit dans la colonie, a de mieux, c’est sa chevelure, habituellement longue, noire et assez belle, bien qu’un peu rude ; aussi en a-t-elle un soin tout particulier, la tressant amoureusement, y ajoutant un faux chignon ou tap, pour peu qu’elle ne lui paraisse pas assez abondante, et l’oignant – malheureusement ! – d’huile de coco. Les effluves de cette huile, qui rappelle assez l’huile de lampe, sont redoutables, et il est bien fâcheux que l’Annamite n’ait pas d’autre pommade à sa disposition. Les attaches des membres sont très fines: les petits bracelets d’or filigrané ou d’argent uni dont la congaï fait usage peuvent donner une idée de la délicatesse du poignet ou de la cheville qu ils entourent. Les bouches sont en général bien dessinées ; les épaules sont trop souvent larges et carrées.

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Il est peu agréable de voir marcher une femme annamite ; elle s’avance d’habitude en balançant les bras le long de son corps et en oscillant fortement a droite et à gauche. Quant à l’habillement, il consiste en une longue robe montante et fermée, servant à la fois d’habit et de chemise (cette robe est blanche si la femme est en grand deuil, et alors elle y ajoute un turban blanc) ; en un pantalon blanc ou noir, en calicot ou en soie, et parfois en une ceinture rouge ou bleue ; les pieds sont nus ou plus rarement ornés de babouches recourbées. Tel est l’appareil dans lequel se présente la congaï. Comme ornement, elle porte des boucles d’oreilles d ambre jaune ou d or, ayant la forme d’un clou à grosse tête et passées dans le lobe d’une oreille ordinairement petite et bien faite. Au bras, des bracelets en or, en jais simple ou couvert d’une feuille d’or, en argent, en ambre ou en verre jaune, quelquefois un anneau en argent au cou-de-pied, enfin souvent un collier. La femme du peuple va nu-tête ou met un simple mouchoir ; la femme des classes élevées porte un chapeau sphérique en paille jaune rappelant 1 nsalaco, mais à larges bords recourbés et à fond plat ; une épaisse tresse de soie jaune terminée par un gland assez lourd pend de ce chapeau jusqu’à la ceinture.

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