CHAPITRE III part 2

Quant à leur caractère, c’est celui d’une race que l’esclavage, l’ignorance et la paresse ont faite pauvre, peu curieuse et craintive.
Notre domination en Cochinchine a succédé à une autre plus lourde et autrement dégradante, celle des mandarins de la cour de Hué. C est donc un peuple mou, menteur et difficile a émouvoir. Mais, au milieu de ces vices des races privées de liberté, il y a des qualités qui permettent d espérer beaucoup : une gaieté touchant trop souvent au persiflage, une aptitude puissante à apprendre et à comprendre, et, chose singulière, un certain orgueil de race, du moins chez quelques-uns.

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L’École normale de Saigon, où 1 on forme des instituteurs et des interprètes, a déjà, pour son peu d’années d’existence, donné de très beaux résultats. C’est en somme une race extrêmement perfectible. Bien des choses lui manquent, il est vrai : le senti¬ment artistique par exemple. On le trouve pourtant dans quelques peintures murales, véritablement surprenantes, où la nature gaie et vivante — fleurs, oiseaux, insectes -, est reproduite avec amour ; mais, d’une façon générale, cette race est insensible aux arts ; sa musique monotone et aigrelette n’est pas faite pour notre oreille et je doute que les leurs se délectent aux sons de la nôtre ; la sculpture lui est à peu près inconnue ; sa poésie est pauvre ; elle ignore la danse. Quant aux sciences qu’elle cultive, il vaut mieux n’en point parler. Ses connaissances littéraires se bornent à savoir quelques caractères chinois.

Leur manière de vivre est la plus insuffisante et la plus antihygiénique que l’on puisse rêver : de l’eau non filtrée, bue en quantité à même l’arroyo, ou à peine corrigée avec un peu d’alun ; plus rarement du thé ; du riz relevé par du piment, des concombres et la saumure de nuoc-mam, du poisson plus ou moins frais, et quelques fruits, voilà l’alimentation dans toute la Cochinchine ; il n’est peut-être pas un peuple qui ait un mode de se nourrir aussi monotone et aussi fidèlement le même partout.

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Le porc est une des rares viandes dont ils mangent parfois, et c’est une chair dangereuse, car elle donne fréquemment le ténia. Une grossière eau-de-vie de riz, le sam-chéou ou le soum-choum, comme on dit dans la colonie, est la seule boisson alcoolique dont ils fassent usage ; du reste il faut reconnaître qu’ils n’ont pas pour l’alcool un goût très prononcé. Je parle du moins de ceux qui ne nous ont pas approchés de trop près, car pour ceux-ci, notam¬ment nos domestiques, ils professent pour le vin et les liqueurs de France une passion fort contraire à nos intérêts.
Pour manger, ils se servent de ces bâtonnets chinois sur lesquels on a débité autrefois tant de fables aujourd’hui suffisamment réfutées.
Leurs vêtements, qu’ils ne quittent guère que lorsqu’ils tombent en lambeaux, ne les garantissent pas assez pendant les nuits humides et relativement fraîches qu’ils passent sur les arroyos, ni pendant les heures matinales des mois de décembre et de janvier, où on les voit véritablement grelotter à une température de dix-huit degrés centigrades. Aussi, dans le premier âge, beaucoup d’enfants meurent- ils de bronchites, et de nombreuses affections intestinales ne reconnaissent pas une autre origine.
Quant à leurs cases, bâties presque toutes sur pilo¬tis, à moitié dans l’eau, à moitié sur la terre ou sur la boue, elles sont également fort malsaines.
La culture du riz et le métier de pêcheur ont fait de ce peuple une façon d’amphibie. L’eau vient baigner souvent le plancher de la maison annamite, notamment aux grandes marées, et alors on voit l’indigène accroupi sur la table de la famille, ou se balançant dans son grossier hamac, chantant quelque mélopée monotone ou fumant sa cigarette à forme de tromblon.
La démarche est caractéristique : hommes et femmes marchent les pieds très écartés en dehors et avec un déhanchement disgracieux que fait paraître encore plus prononcé une ensellure assez forte, due peut-être à l’habitude de ramer debout.
Quelques attitudes et façons de se mouvoir leur sont spéciales et méritent d’être signalées : les enfants sont portés par les mères, non pas sur les bras comme chez nous, ou dans un sac attaché derrière le dos comme chez certaines peuplades d’Afrique, mais posés à cheval sur la hanche mater¬nelle et soutenus par un bras.

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