CHAPITRE 20 (VIII)

Le 6 mars 1946, Hô Chi Minh signe avec Sainteny représentant la France un modus vivendi, qui n’est qu’une manœuvre politique pour les deux signataires qui visent chacun un but bien déterminé. Cet accord permet à Hô Chi Minh d’avoir les mains libres pour porter un coup à son rival Nguyên Hai Thân : les sanctuaires du V.Q.D.D. installés dans les régions de Chapa (Laokay) et de Vinh- Yên sont liquidés dans le courant du mois d’avril 1946. Grâce à l’accord du 6 mars 1946, un contingent de 1.200 hommes de troupes françaises est autorisé à tenir la garnison à Hànôi : c’est le premier pas de la stratégie de la « tache d’huile » des Généraux Gallieni et Lyautey, célèbres bâtisseurs du feu Empire colonial français. Les événements de novembre 1946 à Haiphong et de décembre de la même année à Hànôi ne sont que les conséquences inéluctables de cet état d’esprit qui présidait à la signature de l’accord du 6 mars 1946.
Le séjour des forces chinoises au nord du 16è parallèle laisse aux habitants un souvenir extrêmement douloureux : l’hygiène de l’armée nationaliste chinoise laissant à désirer, les soldats chinois propagent une fièvre hémorragique qui fera beaucoup de victimes. Mais la trêve apportée par l’accord du 6 mars 1946 ne dure pas bien longtemps. Dès juillet 1946, les unités françaises stationnées à Hànôi commencent à mettre en pratique leur théorie de la « tache d’huile » : occupation, sans l’accord du gouvernement de Hô Chi Minh, de certains bâtiments publics situés dans le voisinage de la base des unités françaises, l’ancien collège du protectorat au bord du grand lac. Puis le déclenchement des opérations pour le contrôle du port de Haiphong dans le courant du mois de novembre 1946, par un bombardement en règle par la marine française, qui cause des pertes sérieuses parmi la population civile (plus de six mille morts) marque le début de la première guerre d’Indochine.
Dans les trois premières années, le corps expéditionnaire français a incontestablement l’avantage et les forces de résistance, réduites à la défensive, sont refoulées sur la frontière chinoise. Le retour de l’Empereur Bao Dai, après l’accord de 1949, aurait pu réussir, si la France avait rendu rapidement et entièrement, sans arrière pensée, l’indépendance au gouvernement de Bao Dai, car au début de l’année 1949, la situation de Hô Chi Minh est réellement désespérée. Mais les atermoiements de l’application de l’accord de 1949 et l’arrivée des armées de Mao Tsé Tong à la frontière sino-viêtnamienne permettent an retournement de la situation en faveur de Hô Chi Minh. Dès l’automne 1950, les Français sont contraints d’abandonner les villes, sur la frontière chinoise, de Cao- Bang et Lang-Son : la colonne Charton-Lepage est pratiquement anéantie à Dông-Khê à mi-chemin entre Cao- Bang et Lang-Son. Le Maréchal de Lattre ne peut stabiliser que provisoirement la situation.

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La première guerre d’Indochine se termine avec la défaite de l’Empire français à Diên Biên Phu où vingt-trois ans après le soulèvement durement réprimé de 1931, le peuple viêtnamien, « peuple peu belliqueux », comme le qualifie avec dédain le Général Henri Noguès, dans ses articles parus dans « l’Ami du peuple » du feu parfumeur Coty, donne une réponse historique à ses occupants : le 7 mai 1954, la garnison du corps expéditionnaire français hisse le drapeau blanc et se rend sans condition à l’armée populaire du Viêtnam.
La fin de l’occupation française est consacrée par la signature des accords de Genève le 20 juillet 1954. Mais refusant d’apposer sa signature à Genève, le gouvernement américain cherche à contrecarrer l’application de ces accords. Il impose à Bao Dai la nomination de Ngô Dinh Diêm, un catholique du Centre Viêtnam soutenu par le Cardinal Spellman, comme premier ministre. Ngô Dinh Diêm renverse Bao Dai à la fin de 1955 et proclame la République du Viêtnam dont il devient le Président. Ngô Dinh Diêm n’est qu’un fantoche de Washington : « Je ne peux rien faire sans le consentement des Américains », déclare-t-il sans ambages à ses collaborateurs en 1956. Ancien mandarin de la Cour de Huê, imbu de son importance et imprégné d’idées d’un autre âge, Ngô Dinh Diêm s’entoure de sa famille et de courtisans, en majorité d’anciens mandarins, qui ne cherchent qu’à profiter du régime pour bâtir leur fortune. Mais l’élection du président démocrate Kennedy laisse présager l’élimination de Ngô Dinh Diêm. Au mois de novembre 1963, il est effectivement renversé par un coup d’état fomenté par les généraux de l’armée sud-viêtnamienne, et patronné par l’ambassadeur américain Cabot-Lodge.

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