CHAPITRE 20 (VII)

Le 9 mars 1945, par une action rapide et parfaitement coordonnée, les troupes japonaises, en une nuit, mettent à terre la domination française. Cet événement abat à jamais le mythe de l’invincibilité de l’Empire français, ancré dans l’esprit des peuples de la péninsule depuis l’occupation à la fin du XlXè siècle. La disparition de ce sentiment, jointe au réveil de l’esprit guerrier de l’ancien Annam, constitue le fondement de la mutation nhàquê (paysan vietnamien) pacifique et méprisé en un bô-dôi (soldat de l’armée populaire du Viêtnam) admiré et redouté, qui osera tenir tête à la puissance américaine pendant la deuxième guerre d’Indochine.
Le rassemblement spontané de plusieurs centaines de milliers de personnes (plus d’un demi-million selon la presse de l’époque) à la cité universitaire et au théâtre municipal de Hànôi pendant les deux jours qui suivent le 9 mars 1945, donne à réfléchir aux plus aveugles: tout observateur perspicace perçoit que cette foule est animée d’une résolution fanatique pour défendre l’indépendance qu’elle vient de récupérer. Mais la capitulation du Japon le 15 août 1945, après les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, fait renaître chez les ex-occupants l’espoir de rétablir rapidement leur domination d’antan dans son intégrité.

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Les événements qui suivirent font partie du domaine de l’histoire: les journées du mois d’août 1945, pendant lesquelles Hô Chi Minh s’empare du pouvoir à Hànôi, resteront à jamais gravées dans la mémoire de T.T., qui les a vécues à la fois comme témoin et comme acteur occasionnel. Cependant, le légendaire soulèvement populaire du peuple viêtnamien du 17 août 1945 en faveur du Viêt-Minh qui s’empare du pouvoir vers deux heures du matin le 18 août 1945 (événement baptisé par le pouvoir actuel de «glorieuse révolution du 18 août 1945 ») n’est qu’un mythe artificiel qui correspond bien peu à la réalité. Hô Chi Minh n’est informé de la «prise du pouvoir» qu’une semaine après. Ce qui explique qu’il n’a pu faire la proclamation d’indépendance à Ba-Dinh (ancien jardin botanique de Hànôi) que le 2 septembre 1945.
Puis vient l’arrivée des troupes d’occupation du gouvernement de Nankin, sous le commandement de Lu- Han, pour recevoir la capitulation des troupes japonaises au nord du 16è parallèle. La présence des divisions de Lu-Han permet le retour en force des partisans fidèles du Viêtnam Quôc Dân Dang (V.Q.D.D.) réfugiés en Chine après l’échec du soulèvement de 1931. La position de Hô Chi Minh et du Viêt-Minh est très sérieusement menacée. Au début du mois de novembre 1945, la position de Hô Chi Minh paraît désespérée, quand l’adjoint de Lu-Han le fait arrêter et enfermer à l’ancien quartier général des forces d’occupation française, rue de la Concession, à la suite de l’assassinat de soldats chinois par la milice à 20 km au nord de Hànôi. Les membres du Viêt-Minh, affolés, réussissent, par persuasion musclée auprès des hommes d’affaires et des anciens collaborateurs, à réunir une quantité suffisante de taels d’or à 24 carats et d’opium, pour persuader l’adjoint de Lu-Han de relâcher l’Oncle Hô, après quatre jours de détention.
La position du Viêt-Minh et de Hô Chi Minh demeure précaire, tant que dure la présence des troupes nationalistes chinoises au Viêtnam. C’est la raison pour laquelle Hô, très affaibli, ne répond pas aux provocations des membres du parti rival V.Q.D.D. et multiplie les gestes de respect et les promesses d’union avec le croulant Nguyên Hai Thân, afin de gagner du temps en attendant le départ de Lu-Han. Mais le chef du V.Q.D.D., le vieux Nguyên Hai Thân, malgré les avis de ses lieutenants, ne sait pas exploiter les avantages de la situation pour éliminer ses rivaux, et se laisse endormir par les bonnes paroles de Hô Chi Minh, qui lui propose la formation d’un gouvernement de coalition, Nguyên Hai Thân n’acceptant, par modestie de vieux lettré, que la vice – présidence. Ainsi, le V.Q.D.D. laissera le temps à Hô Chi Minh d’organiser tranquillement ses forces et d’attendre le départ de Lu-Han en mars 1946, pour se retourner contre Nguyên Hai Thân et liquider son parti.

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