CHAPITRE 20 (VI)

Ces mesures discriminatoires et vexatoires ne font qu’accélérer le réveil de l’instinct guerrier des descendants de ceux qui, sous la conduite de Trân Hung Dao, ont résisté avec succès aux cavaliers de Gengis-Khan au XHIè siècle. Ce réflexe de défense a été assoupi par les efforts de « démilitarisation spirituelle » poursuivie par les rois de la dynastie des Nguyên tout le long du XlXè siècle. Mais le défi mortel lancé par l’occupation étrangère oblige le peuple viêtnamien à puiser dans les leçons du passé la riposte salvatrice. C’est bien la présence française et le comportement des occupants qui ressuscite l’ancien esprit combatif indomptable du vieil Annam (ancien nom du Vietnam) que les corps expéditionnaires français et américains trouveront en face d’eux dans les guerres du Viêtnam de 1945 à 1975 où pour la première fois de son histoire l’invaincu U.S.A. est tenu en échec.
Puis défilent devant ses yeux, les événements de l’année 1931 : le soulèvement du Viêtnam Quôc Dân Dang (Parti du peuple viêtnamien) à Yên-Bay et les manifestations dans les provinces Hàtinh et Nghê-An, suscitées par la famine due à une mauvaise récolte, les manifestants demandant une réduction des impôts.

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A Yên-Bay, la répression est féroce, terrible : les trente-neuf chefs du mouvement de libération à Yên-Bay sont décapités sur la grande place de Yên-Bay ; plus de quatre mille condamnés sont déportés à Poulo-Condor et en Guyanne française. Les paroles du discours du Gouverneur Général de l’Indochine française, Pierre Pasquier, prononcé à l’occasion des représailles de Yên-Bay résonnent dans sa tête : « Aucune force au monde ne peut empêcher la France de remplir sa mission civilisatrice dans la péninsule indochinoise. Toute tentative d’entraver l’accomplissement ae cette tâche sacrée est vouée d’avance à l’échec et les coupables seront sévèrement punis selon la loi en vigueur ».
Dans les provinces de Hàtinh et Nghê-An, la répression sanglante donne également libre cours. L’aviation bombarde les manifestants. Des unités de légionnaires sont lâchées pour remplir la « mission civilisatrice de la France » contre les habitants de ces misérables provinces, qualifiés de « communistes ». Des villages suspects sont incendiés et les pires sévices infligés aux habitants. Dans leur zèle sanguinaire de répandre la terreur ordonnée par leurs employeurs, les légionnaires scient leurs victimes ligotées entre deux planches. Ces atrocités finissent par émouvoir quelques députés français de l’opposition qui interpellent le gouvernement sur ces crimes. Evidemment, les ministres responsables rejettent la faute sur la cour fantoche de Huê qui, théoriquement d’après le traité de protectorat de 1883, a plein pouvoir sur l’administration intérieure du pays. Grâce à cette fiction légale, la puissance occupante peut prendre les mesures de répression les plus odieuses contre le peuple occupé sans aucune responsabilité, par l’intermédiaire d’un gouvernement indigène manipulé.
Après cette répression féroce de 1931, les occupants sont convaincus qu’ils ont brisé pour toujours toute velléité de libération du peuple exploité et drogué à l’opium et qu’ils peuvent continuer l’occupation jusqu’à la fin des temps. Mais en réalité, ces mesures de terreur des occupants contre le soulèvement de 1931 exercent une influence cruciale sur l’évolution de l’Indochine.
Pratiquement décapité par l’exécution de ses chefs et la fuite de quelques membres en Chine, le Viêtnam Quôc Dân Dang (V.Q.D.D.) perd beaucoup de son prestige auprès de la jeunesse, en particulier la jeunesse estudiantine qui fournira les futurs chefs du mouvement de libération qui abattra la domination française : les Pham Van Dông, Vo Nguyên Giap, etc … sont de cette génération. Le ralliement au parti communiste indochinois de certains anciens membres du Viêtnam Quôc Dân Dang restés au Viêtnam, est à l’origine de la fortune de Nguyên Ai Quôc (futur Hô Chi Minh). Ainsi, inconsciemment, les occupants français ont-ils préparé leur propre perte à longue échéance. Ces nouveaux adhérents du parti communiste optent pour le Marxisme-Léninisme, non par sympathie particulière, mais parce qu’ils croient que le Parti de Nguyên Ai Quôc, le « Viêt-Nam Cach-Mang dông-minh hôi » ou Viêt-Minh, est la seule organisation politique existante qui peut leur permettre de se débarrasser de l’occupant.
Et voici la seconde guerre mondiale, le knock out de la France par Hitler et l’arrivée des troupes japonaises en Indochine : les « protecteurs » de la Cour de Huê sont devenus les protégés de l’armée du Mikado. Mais ces nouveaux protégés redoublent de terreur sur les indigènes afin de les tenir à l’écart autant que possible des nouveaux protecteurs japonais. Les prélèvements de riz dans les villages sont augmentés sans cesse jusqu’à provoquer la famine de l’hiver 1944, qui cause la mort de plus de deux millions de personnes dans le Nord-Viêtnam, et notamment dans les provinces de Ninh-Binh, Nam-Dinh et Than-Hoa. Les Français et leurs collaborateurs, auteurs de ces mesures diaboliques, font courir le bruit que les Japonais sont à l’origine de la famine. Par cette manœuvre machiavélique, ils essaient de détourner la haine des indigènes contre les sujets du Mikado. Oubliant qu’étant les « protecteurs » de la Cour de Huê, ils sont tenus de protéger la population contre les tiers … Cette manœuvre criminelle est démontrée par la découverte de documents secrets après les événements du 9 mars 1945.

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