CHAPITRE 20 (IX)

Les généraux qui succèdent à Ngô Dinh Diêm n’améliorent pas la situation. La corruption ne fait que s’intensifier avec l’arrivée massive du corps expéditionnaire américain, en 1965, qui provoque un bouleversement complet du Sud Viêtnam (économiquement, socialement et moralement).
Les bombardements américains pendant les années 1965-72 d’un tonnage trois fois supérieur à celui lancé contre les puissances de l’Axe pendant la seconde guerre mondiale, causent des dégâts incalculables dans tous les domaines. Une visite à l’hôpital Cho-Rây, le plus grand centre hospitalier de Saigon, laisse des images de cauchemar. Des enfants en bas âge, sévèrement mutilés par les roquettes lancées des hélicoptères américains, pendant leur déjeuner familial, racontent innocemment, quand on les interroge, les circonstances de leur malheur. L’épandage des poudres défoliantes, outre les dégâts durables sur la végétation, est également responsable de nombreuses victimes dans les campagnes. Dans la région de Rùng-La (Xuân-Lôc), plusieurs familles sont empoisonnées en consommant de l’eau contenue dans des récipients non munis de couvercles et contaminée par les produits répandus par les avions. Les adultes bien portants s’en tirent avec une quinzaine de jours d’hospitalisation, les enfants et les personnes âgées succombent au bout d’une dizaine de jours.

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Malgré leur supériorité écrasante en effectif et en matériel, les Américains sont cependant contraints, par lassitude, de signer les accords de Paris en janvier 1975, pour mettre fin à leur intervention en Indochine. Le dernier ambassadeur américain auprès du gouvernement du Sud Viêtnam s’enfuit furtivement de Saigon à la fin du mois d’avril 1975, emmenant avec lui le drapeau étoilé de l’ambassade. Le président du gouvernement fantoche, Nguyen van Thiêu, est parti une semaine avant avec toute sa famille à Taïwan, dans un avion spécialement affrété. Il mène maintenant une douce retraite dans une belle résidence de la banlieue londonienne. Les scènes lamentables des collaborateurs des Américains, affolés dans les derniers jours de Saigon sont largement décrites par la presse et la télévision.
Ainsi, vingt et un ans après leur fuite du Nord- Viêtnam vers le Sud-Viêtnam en 1954, après les accords de Genève, les collaborateurs de Français devenus ceux des Américains cherchent à suivre leurs maîtres dans leur fuite.
Après toutes ces années d’occupation, de terreur et de souffrance, outre le pillage des richesses matérielles, le bouleversement total et en profondeur de l’âme des habitants ainsi que la destruction de la culture des pays occupés sont irréparables. La très grande majorité des réfugiés d’Indochine, sinon la quasi-totalité, est constituée par des gens qui ont adopté, inconsciemment ou volontairement, les modes de vie des Français, puis des Américains.
Mais le drame de l’Indochine ne se termine pas avec le départ des Etats-Unis d’Amérique et de la France, le désastre venu de l’occident n’a fait que changer d’épithète : le désastre capitaliste est remplacé par le désastre marxiste, plus pernicieux encore que son prédécesseur capitaliste et qui tend partout à remplacer son homologue … Le choc en retour qui frappe les nations occidentales capitalistes qui ont atteint leur apogée au début du XIXè siècle, engendre des remous en chaîne, partout dans le monde depuis la seconde guerre mondiale, qui gagnent en intensité et en fréquence avec le temps : les crises succèdent aux crises. La déflagration finale est fatale, à moins d’un miracle dans le comportement des hommes.
Peut-être un jour, l’homme deviendra sage ? Mais comment peut-on être sage, quand on veut garder intacts ses intérêts, ses droits acquis, le statu quo ante ? Quand l’intérêt est l’objectif suprême, l’égoïsme naturel de l’homme prend le dessus, son intelligence est oblitérée, et son raisonnement est à sens unique. Prenons le cas de l’expansion économique actuelle du Japon : ce pays, qui vivait replié sur lui-même pendant plusieurs siècles, fut forcé par les puissances d’Europe et d’Amérique, au milieu du XIXè siècle, d’ouvrir ses portes au commerce international, c’est à dire devenir un débouché des pays industriels de l’heure. Mais la roue a tourné.
Un siècle après, le mouvement du commerce mondial est inversé : le Japon exporte ses produits qui concurrencent victorieusement ceux des autres pays industriels dans leur propre marché intérieur. Les concurrents malchanceux, oubliant le principe sur lequel ils se sont appuyés, au XIXè siècle, pour faire plier le Japon, finissent par menacer de fermer leurs frontières à l’industrie japonaise. Quand on renie le principe sur lequel on s’est appuyé pour servir ses intérêts, lorsqu’il n’est plus favorable, c’est s’engager dans des confrontations inextricables pour lesquelles il est difficile de trouver des solutions pacifiques. Dans le cas le plus optimiste, il faudrait sans doute, plusieurs décennies, pour que les remous occasionnés par la fin de l’expansion des puissances du XIXè siècle s’atténuent.
Une dernière image de son passé rappelle à T.T. cette phrase calligraphiée en caractère d’or sur un magnifique panneau de soie rose ornant le salon du vieux lettré de son village :
« Patience est caractère d’or, celui qui sait pratiquer survivra ».

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