CHAPITRE 20 (III)

Quand le cyclopousse passe devant le siège du Comité administratif du quartier, une secrétaire vient à sa rencontre et fait savoir à T.T. que le président du Comité ayant appris son départ, désire le voir. A contrecœur, il entre dans le bureau du Comité. Le téléphone sonne. C’est le président qui annonce à sa secrétaire qu’il a un empêchement et qu’il arrivera dans une heure. Profitant de cette aubaine, T.T. demande à la secrétaire de présenter ses excuses au président, et lui explique qu’à cause de l’horaire de l’avion, il ne pourra lui faire ses adieux de vive voix.
Ouf, il remonte dans le cyclopousse qui démarre à vive allure vers l’avenue Thuân-Kiêù où il est aussitôt happé par le flot de véhicules. T.T. demande à P. de faire un grand détour pour traverser toute la ville à vive allure. Il veut voir une dernière fois le plus grand nombre possible de rues de Saigon qui sont infiniment moins animées qu’auparavant.

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Quand le cyclopousse s’arrête devant l’escale de la rue de Phan Dinh Phùng, T.T. a l’impression qu’il vient à peine de quitter sa maison. Mais sa montre indique 10 heures et quart, et autour de l’escale, une foule compacte encombre la chaussée. Il met plus d’une demi-heure pour pouvoir pénétrer dans l’enceinte de l’escale où se trouvent les cars d’Air Viêtnam. Une demi-douzaine d’hôtesses de l’air vérifie les billets et place les voyageurs dans les cars. Quand tous les passagers sont installés, le chef de l’escale vérifie une dernière fois qu’il ne manque personne. Les công-an viên du service d’ordre font dégager la porte bloquée par la foule. Les cars roulent à une allure de tortue à travers la masse des badauds et des amis des partants qui bloquent la portion de la rue Phan Dinh Phùng comprise entre la rue Dinh Tiên Hoàng et la rue Hai Bà Trung. Ce n’est qu’une fois arrivés dans la rue Hai Bà Trung, que les cars commencent à rouler à une vitesse normale.
Les voitures arrivent à Tân Son Nhut peu avant midi. Le contrôle des papiers et la fouille des sacs à mains sont effectués avec la rigueur et la minutie habituelles. Les guichets de contrôle et des douanes sont suffisamment nombreux pour que le dernier voyageur puisse passer devant le contrôle sanitaire une demi-heure avant le départ de l’avion. Les douaniers découvrent des taëls d’or et des diamants dans les affaires d’une famille Hoa composée des parents et de trois enfants de six à treize ans : le père est arrêté séance tenante. Après quelques mois de séjour dans un camp de rééducation et le paiement d’une forte amende, il pourra, peut-être, quitter le Viêtnam pour rejoindre les siens.
Dans la salle d’attente réservée aux voyageurs autorisés à quitter le Viêtnam, les partants gardent toujours un air tendu. L’expérience montre qu’on n’est certain de quitter le Viêtnam qu’au moment où l’avion décolle.
Il est 15 heures, les hôtesses demandent aux voyageurs de s’aligner. Quand les files sont formées, les công-an viên s’assurent que le nombre des voyageurs correspond bien au nombre des autorisations de sortie. Au moindre doute, ils vérifient les papiers. Sous la conduite des hôtesses de l’air escortées par les công-an viên, les files des partants arrivent devant les escaliers qui donnent accès à l’avion. Chaque passager donne sa carte d’embarquement et monte dans l’avion sous l’œil méfiant des agents du công- an vu. Ces mesures très sévères sont appliquées depuis la tentative en 1976 des agents de l’aéroport de Tân Son Nhut d’embarquer sans autorisation au moment où ils rangent l’échelle, juste avant la fermeture des portières. Une fois le dernier passager monté dans l’avion, les portières se ferment et l’avion se dirige lentement sur la ligne de départ. Les hôtesses demandent aux passagers de mettre leur ceinture. Le feu vert est donné par la tour de contrôle.
Les réacteurs rugissent sur place un moment, puis l’avion roule d’abord doucement, comme à regret. La vitesse augmente avec le rugissement strident des moteurs, le crissement des pneus et le cahotement saccadé de l’appareil. Puis brusquement, tout disparaît, sauf le ronronnement des réacteurs : l’avion décolle d’une manière impeccable, à 15 heures quarante-cinq, sous la lumière crépusculaire d’une magnifique journée de printemps.

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