CHAPITRE 20 (II)

La sonnerie du réveil-matin le fait sursauter et il saute du lit. Il est déjà 6 heures, juste le temps de préparer le petit déjeuner, l’avaler et vérifier les bagages avant l’arrivée du cyclopousse. Il vient de boucler la dernière valise quand il entend frapper à la porte : c’est P. qui vient le chercher. Il monte dans le cyclopousse avec les bagages. Il demande à P. de pédaler doucement, car l’escale de la rue Phan Dinh Phung n’ouvre qu’à 10 heures. Ils arrivent juste au moment où la porte de l’escale s’ouvre. La foule des amis qui accompagnent les futurs partants est si compacte qu’ils ne réussissent à franchir la porte de l’escale que vers 11 heures. Vers 11 heures trente les camions d’Air Viêtnam arrivent enfin pour conduire les voyageurs et les bagages vers l’aéroport. Ils sont pris d’assaut dans le plus grand désordre, malgré les appels désespérés des hôtesses de l’air impuissantes. Finalement, bien après midi, les camions peuvent partir pour Tân-Son-Nhut, à travers une foule dense sur plusieurs centaines de mètres. Le trajet Saigon-Tân-Son- Nhut dure à peine une demi-heure, mais il faut attendre jusqu’à 14 heures pour que les can-bô du Service des Douanes commencent à fouiller les bagages.

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La fouille est extrêmement minutieuse. Le passager passe d’abord le contrôle des documents : autorisation de sortie, certificats de non-débiteur des banques, certificats de paiement des impôts, du Service du Logement, autorisations de sortie de devises étrangères, d’objets d’art et de livres (même pour une photo, il faut une autorisation du service culturel). Le contrôle des documents, comme la visite des bagages, est double : un premier can-bô vérifie les pièces présentées, et si le dossier est complet et conforme, il le passe à un collègue qui recommence l’examen de A à Z.
Une fois passé avec succès ce premier barrage, le voyageur se présente à la visite des douanes avec ses bagages. Il doit en étaler le contenu sur la table de visite. Le can-bô douanier examine et palpe chaque objet sous toutes les coutures : tous les boutons des vêtements qui sont enrobés dans un tissu sont débarrassés de leur enveloppe pour vérifier qu’ils ne sont pas fabriqués avec un métal précieux ou une pierre précieuse dont la sortie du Viêtnam est prohibée. Le fraudeur pris en flagrant délit est arrêté séance tenante. Si le premier gabelou, après avoir effectué sa vérification, donne son feu vert, le voyageur remet les affaires dans ses valises et les déballe à nouveau sur une autre table de visite et le même scénario recommence. Au moindre soupçon, les douaniers font entrer le suspect dans une cabine spéciale où des spécialistes le fouillent pour découvrir les cachettes éventuelles de bijoux ou de documents interdits. 11 faut reconnaître que la méfiance des gabelous est souvent justifiée. A cause de l’application très rigoureuse de la visite douanière, à peine le tiers des voyageurs réussit à remplir les formalités dans l’après-midi. T.T. a de la chance d’en faire partie et peut rentrer à Saigon avec le dernier car de l’Air Viêtnam.
Il a toute la journée de mercredi pour recevoir ses amis qui viennent lui faire leurs adieux. Il leur donne la liberté de prendre tout ce qui se trouve dans la maison, sauf, bien entendu, son sac de voyage et le nécessaire pour passer la dernière nuit à Hô Chi Minh Ville. Il se met au lit aussitôt le repas du soir expédié, car demain, jeudi, dès 7 heures du matin, les agents du Service du Logement viennent prendre possession de la maison et de tous les objets qui s’y trouvent. Après avoir réglé le réveil pour 4 heures, il sombre dans un sommeil de plomb.
C’est le jour du départ. Dès le premier tintement du réveil, T.T. saute du lit, emballe rapidement son nécessaire de couchage, prépare son petit déjeuner qu’il avale en vitesse et s’habille. Il jette un dernier coup d’œil au moindre recoin de la maison, puis il sonne chez son voisin pour lui confier son sac de voyage et son sac de couchage, car on ne connaît jamais les prétentions des agents du Service du Logement : il vaut mieux éviter tout sujet possible de contestation de dernière minute. Après un brin de causette avec le voisin, à peine rentré chez lui, il voit les représentants du Service du Logement arriver. Ils réclament immédiatement les clés et prennent possession illico de la maison dont le vide pratiquement parfait les déçoit visiblement. En effet, la veille, les amis de T.T. ont tout enlevé, jusqu’aux plus petits morceaux de bois ou de charbon. Ils ne voulaient rien laisser aux autorités révolutionnaires. T.T. leur montre rapidement les différentes pièces de la maison et prend congé : le cyclopousse de P. vient d’arriver.
Il récupère son sac de voyage qu’il avait déposé chez son voisin, donne à P. son sac de couchage, dit adieu à tout le monde, monte dans le cyclopousse et voit arriver en courant le công-an viên (policier) responsable du quartier. Pendant quelques secondes, T.T. se demande avec angoisse s’il n’y a pas un accroc de dernière minute ? Il pousse un soupir de soulagement quand le công-an viên lui fait ses adieux et lui souhaite un bon voyage. Il se produit des cas où, quelques minutes avant le décollage de l’avion, des passagers sont arrêtés par le công-an vu (Service de Sécurité) uniquement sur simple dénonciation anonyme : leur départ est ainsi retardé de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Décontracté, T.T. remercie le policier de son attention et lui souhaite de bien réussir dans l’accomplissement de sa tâche. Evidemment, il ne pense pas un mot de ce qu’il dit, mais l’essentiel est atteint : le công- an viên prend pour argent comptant ses paroles.

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