CHAPITRE 19

LA COMPETENCE DES CONSEILLERS DES PAYS FRERES
Une fois réglées les formalités auprès du bureau des visas de sortie de la république socialiste du Viêtnam, T.T. se rend à l’agence d’Air France pour voir si son billet acheté par son fils est arrivé. La préposée étant absente, il doit patienter. Une heure après, l’employée fait son apparition. A la requête de T.T., elle consulte le dernier télégramme de Bangkok et lui annonce que son nom figure sur la liste des titulaires de billets payés à l’étranger et qu’elle va faire le nécessaire tout de suite pour délivrer un billet provisoire qui sera échangé contre le billet définitif après la vérification des documents par les autorités, deux ou trois jours avant le départ.
Pendant l’attente, se présentent deux voyageurs de nationalité hongroise qui demandent à la préposée de retenir pour eux deux places dans le prochain avion d’Air France pour Paris, jeudi prochain. On est mardi. L’employée répond que toutes les places sont retenues, cependant, les autorités réservent toujours quelques places qui peuvent être mises à la disposition de la clientèle vingt-quatre heures avant le décollage, si elles ne sont pas retenues. La réponse ne satisfait pas les deux Hongrois qui demandent à voir le chef de l’agence. Ce dernier, un can-bô qui a probablement fait un stage en U.R.S.S., parle couramment le russe. Il explique aux Hongrois qu’il n’est pas autorisé à prendre de décision en ce qui concerne leur demande, mais qu’il peut la transmettre au conseiller, une certaine Madame Rosenberg qui a son bureau à Tân-Son-Nhut. Il contacte Mme Rosenberg par téléphone, qui répond qu’elle doit en référer à son supérieur. Ce dernier entre en communication avec les Hongrois. Après plusieurs minutes de conversation, ils passent le combiné au chef de l’agence qui reçoit les instructions du super conseiller. Quand il dépose l’écouteur, il donne aussitôt l’ordre à la préposée de faire le nécessaire pour que les deux ressortissants du pays frère puissent prendre l’avion d’Air France du jeudi pour Paris.
Quand les deux Hongrois sont partis, après avoir reçu leurs billets, la préposée à la vente des billets demande à son chef pourquoi il ne délivre pas directement les billets sans passer par le conseiller soviétique ? Gêné, le can-bô répond évasivement que, pour des raisons techniques, le nouveau règlement prévoit que dans de pareils cas, l’avis du conseiller est nécessaire. Son explication ne convainc personne. Tout le monde pense tout bas que c’est le conseiller russe qui détient le pouvoir de décision à l’aéroport de Tân-Son-Nhut.
Finalement, T.T. reçoit son billet provisoire.

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