CHAPITRE 13

UNIFICATION DE MONNAIE

Après l’unification du Viêtnam en juillet 1976, suivie de la dissolution du gouvernement révolutionnaire provisoire du Sud-Viêtnam, il est logique qu’une même monnaie circule dans le pays.
L’opération d’échange permet en outre au nouveau régime d’effectuer un emprunt forcé de fait, sans jamais prononcer le mot emprunt. L’inflation galopante est ainsi jugulée momentanément jusqu’au mois de juillet 1981 où le nouveau dông (piastres) est dévalué de plus de quatre cents pour cent (400 %). L’opération d’échange, méthodiquement préparée, est organisée en mai 1978 et profitant de l’expérience de septembre 1975, fonctionne d’une façon presque parfaite. Tout le personnel chargé de l’opération vient du Nord après un entraînement de plusieurs mois. Chaque famille peut échanger librement 2000 dông. Toute somme supérieure est soumise à une enquête pour établir la légalité de son acquisition. Mais instruits par l’expérience du premier échange en 1975, les habitants, qui ont de l’argent disponible, achètent depuis belle lurette de l’or, des pierres précieuses ou des devises étrangères en particulier les dollars U.S.
Voici comment les nouveaux maîtres du Viêtnam opèrent pour réaliser un emprunt forcé dont la population ne se rend compte que plus d’un mois après.

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La famille A. Zi, composée de deux adultes et de deux enfants, échange 2000 dông. On lui remet 160 nouveaux dông (50 dông par adulte et 30 dông par enfant) cash et un reçu de 1840 dông à échanger dans deux semaines, au bureau de la caisse d’épargne du quartier, contre un livret d’épargne de 1840 dông.
Tout se passe normalement jusqu’au moment où le titulaire du livret veut retirer son argent. Le responsable lui répond qu’il ne peut retirer que 50 dông par mois, sauf circonstances exceptionnelles telles que décès, maladie, mariage, etc… Si le possesseur du carnet met sous les yeux de l’agent le règlement imprimé dans le carnet, qui spécifie que le titulaire du carnet d’épargne a le droit de retirer en une ou plusieurs fois la totalité de la somme déposée, ce dernier rétorque que ce livret concerne l’argent échangé et non déposé. Si le client insiste pour voir le document officiel qui fait cette distinction, le gérant de la caisse, en général un ancien employé de banque de l’ancien régime, avoue qu’il est entièrement d’accord avec le client, mais qu’il est obligé d’exécuter des ordres malheureusement oraux mais formels de ses supérieurs, des can-bô que le public peut très difficilement rencontrer.
Finalement, la famille A. Zi ne réussit à récupérer son dû que plus de deux ans après l’opération d’échange de monnaie. Il faut reconnaître que les autorités lui paient un intérêt de 6 % l’an. Mais la caisse d’épargne paie très irrégulièrement les déposants. Pendant plusieurs mois, aucune somme n’a été versée aux ayants droit pour une raison simple : il n’y avait plus aucun dông dans la caisse.
Après avoir utilisé tous les artifices possibles pendant trois ans, les maîtres de Hànôi sont finalement forcés de recourir à une dévaluation massive, comme le montre le tableau ci-dessous :

Avant le 06/07/1981 Après le 06/07/1981
1 dollarUSA 2,205 dông VN 9,000 dông VN
1 livre anglaise 5,161 dông VN 17,577 dông VN
1Deutsch

Mark

1,248 dông VN 3,782 dông VN
1 Franc français 0,536 dông VN 1,579 dông VN

Malgré ce réajustement massif, la valeur réelle du dông viêtnamien est bien plus basse sur le marché libre (ou le marché noir, selon le point de vue dialectique du lecteur). La propagande officielle reconnaît que des capitalistes Hoa, à la solde de Pékin et de Washington, achètent des dollars USA au taux de 40-45 dông VN, et les francs français à 6-7 dông VN, dans le but de déstabiliser l’économie du Viêtnam socialiste. Pour pouvoir lutter à arme égale contre le marché noir des devises, les autorités prennent des mesures pour donner aux porteurs de devises étrangères des avantages substantiels qui ramènent pratiquement le taux du dông à celui du marché noir. En passant par la Banque pour le Commerce Extérieur du Viêtnam, on peut toucher 40 dông VN pour un dollar USA.
Comme les principaux fournisseurs de devises au marché noir sont des Viêtnamiens habitant à l’étranger qui envoient de l’argent à leurs proches restés dans le pays, les autorités essayent de les convaincre de passer par les organismes gouvernementaux. La dernière procédure imaginée pour attirer la clientèle est la suivante :
Un Viêtnamien de Paris envoie à ses parents à Hô Chi Minh Ville, par l’intermédiaire de la Banque pour le Commerce Extérieur du Viêtnam, mille francs français, le destinataire touche en dông VN :
1.579 x (1.000 FRF – 10 FRF (agios)) = 1.563,21
+ prime de 30 % (30 % x 1563,21) = 468,96
= 2.032,17
La Banque paie cash 2.032,17 dông VN au destinataire qui reçoit en même temps un certificat d’échange de devises étrangères de 1.563,21 dông. Le détenteur de ce certificat peut acheter dans des magasins spéciaux réservés aux étrangers des marchandises introuvables ailleurs jusqu’à concurrence de 1.563,21 dông VN. En revendant ces produits au marché libre, son propriétaire récupère à peu près le quadruple de sa mise de fonds, c’est-à-dire qu’un franc français rapporte 6-7 dông, soit le taux de change du marché noir.
Ces mesures sont sans doute efficaces pour attirer les devises mais officialisent le marché noir à l’intérieur du pays dont le moral n’est plus au niveau élevé des années de lutte contre les occupants américains ou français. Une nouvelle génération de trafiquants de marché noir commence à pulluler à Hô Chi Minh Ville avec toutes les conséquences redoutables à terme qui ont contribué si efficacement à la chute du régime de Nguyên van Thiêu en 1975.

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