CHAPITRE 10

REGLEMENT DE COMPTE ENTRE KHMERS ROUGES ET VIETNAMIENS ROUGES
Les Cambodgiens et les Viêtnamiens d’obédience communiste se sont coalisés dans la lutte contre les occupants américains et français pendant les décades 50, 60 et 70. Avec l’élimination des derniers régimes pro¬américains en 1975, commence le règlement de compte entre les deux complices. C’est la réduction à l’échelle de la péninsule indochinoise de la rivalité planétaire des deux super-empires U.S.A. et U.R.S.S., après la liquidation des puissances de l’Axe.
Quelles sont les raisons qui ont poussé les deux états frères, qui se sont juré une amitié prolétaire étemelle, à s’entre-déchirer avec un zèle tout révolutionnaire ?

Voir plus: Voyage Vietnam authentique | excursion baie d’halong terrestre | voyage au vietnam et cambodge | voyage privé au vietnam
A part des raisons historiques, les autorités de Phnom- Penh avancent un argument précis que Hànôi n’a jamais démenti : en 1969, Hànôi a promis à ses compagnons de lutte cambodgiens de discuter, après la défaite des régimes fantoches pro-impérialistes dans la péninsule indochinoise, la question des territoires cambodgiens occupés par les anciens rois d’Annam (ancien nom du Viêtnam) ou rattachés à la Cochinchine (ancien Sud-Viêtnam) par l’occupant français.
Il faut admettre que l’argument avancé par Phnom – Penh est exact pour la raison suivante : dans les séances d’éducation politique de la population de Hô Chi Minh Ville dans les années 1976, 1977 et 1978, les can-bô ont toujours reconnu que certaines parties de l’Ouest de l’ancienne Cochinchine pourraient être restituées au Cambodge. Mais ils précisent qu’il n’est nullement question de remettre sur le tapis vert la souveraineté des huit provinces de l’Ouest de l’ancienne Cochinchine et une partie de l’ex-Saigon comme le demandent les camarades cambodgiens. Et les can-bô chargés des séances d’éducation politique de la population ne font que répéter les paroles des dirigeants du Parti.
Mais les camarades de Phnom-Penh exigent que la promesse faite par l’Oncle Hô au sujet des territoires khmers occupés par les Viêtnamiens soit tenue dans sa totalité. Devant l’attitude dilatoire de Hànôi, les Khmers rouges passent à l’action. Les petits incidents de frontières se multiplient pendant les années 1975 et 1976 : attaque des avant-postes, razzia de bétail dans les villages frontaliers et les îles situées dans le golfe de Siam. Les escarmouches deviennent de plus en plus importantes à partir de janvier 1977 et atteignent un point culminant au début de mai de la même année, avec l’occupation de Châu-Dôc par les Cambodgiens le 1er mai 1977.
L’attaque débute vers 8 heures du matin, par un violent mais bref bombardement par mortiers et canons sans recul du centre de la ville où se trouve le marché qui est complètement détruit. Le jour de l’offensive coïncide avec un jour de marché. Aussi, les obus font un nombre élevé de victimes, surtout civiles. L’assaut des troupes de choc des Khmers rouges surprend complètement la garnison forte d’un bataillon de bô-dôi qui est complètement anéantie. La prise de Châu-Dôc est un coup très dur pour le régime de Hànôi qui ne pensait pas que les Cambodgiens, qu’il tient pour des gens peu évolués et naïfs, oseraient l’attaquer, exactement comme les Français vis-à-vis du Viêtminh en 1946. Les six divisons campées autour de Hô Chi Minh Ville, à Long-Binh et à Phu-Loi, sont envoyées d’urgence dans les provinces de l’Ouest du delta du Mékong pour s’opposer à l’avance des Khmers rouges vers Hàtiên. Après deux semaines de combats acharnés dans les marécages de la région de Hàtiên, les bô-dôi récupèrent Châu-Dôc en sacrifiant deux bataillons dans l’assaut final. Ironie du sort, ce sont les M-l 13, pris aux forces de Saigon, qui permettent aux troupes de Hànôi de venir à bout de la résistance adverse dans les marécages de Hàtiên, les chars T-54 soviétiques se révélant inopérants en terrains marécageux. Très impressionnés par la détermination et le mordant des Cambodgiens, les dirigeants du nouveau régime font courir le bruit que l’attaque de Châu-Dôc a été menée par les anciens marines et parachutistes nguy armés par la C.I.A. des U.S.A., les Khmers rouges ne jouant qu’un rôle d’auxiliaires, et que les bô-dôi leur ont donné une leçon adéquate qui leur enlève pour longtemps toute velléité d’agression. Mais les autorités de Phnom-Penh vont donner quatre mois plus tard, un démenti sanglant à cette affirmation trop optimiste de Hànôi, dans la région de Samat dans la province de Tây ninh.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*